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Pukkelpop 2007


Pourquoi va-t-on encore à des festivals ?

Question que l’on se pose sempiternellement, chaque année, au vu des désagréments qui se rappellent à nous : Odeurs nauséabondes (est-ce du vomi, des restes de bouffe qui fermentent, de la transpiration, les toilettes… ?), poussière, chiottes dignes d’une épreuve Koh Lanta bétonnée, bière à peine buvable et chère, et, surtout, une floppée de spectateurs gueulards, bousculant quiconque est dans leur périmètre - aléatoire -, sans éducation, rotant à tout va et dont le chant – faux bien sûr – couvre celui que vous êtes censé entendre et voir en spectacle. Tout ceci fait que comme après une gueule de bois, on se dit - à chaque fois - qu’on ne nous y reprendra pas. Et pourtant, on remet - chaque fois - le couvert. Sadomasochisme ? Non, c’est le côté rebelle du rock nous souffle-t-on.

Ceci étant dit, il faut reconnaître que le Pukkelpop fait figure d’un hôtel 4 étoiles à côté des autres festivals. C’est sans conteste le moins puant et son site est tellement kilométrique que l’on peut trouver sans trop de difficulté des cm² où nos précieux petits postérieurs peuvent se poser sans être menacés par des restants de mets piétinés. Pour enfoncer le clou, cette année, le Pukkelpop mérite vraiment une mention spéciale, car ses Cathy Cabines donnaient l’impression d’être continuellement vidées et nettoyées. Bref, le Pukkelpop s’adresse à un public moins rebelle qu’il n’en a l’air et ce n’est d’ailleurs pas une surprise de trouver ses organisateurs derrière le Rimpelrock, un gros festival musical s’adressant à un public du troisième âge! De là à imaginer que la propreté des Cathy cabines du Pukkelpop est liée a l’expérience acquise avec l’organisation du Rimpelrock, il y a un pas que nous ne franchirons pas.

Trêve de digression, venons-en au festival en lui-même...

Nous arrivons - motivés - pendant le set des Rakes. Sans grand intérêt. Même leurs bons tubes du premier album semblent avoir été - trop - polis.

Tout en mangeant un sandwich amené de Bruxelles nous regardons de loin Sparta. Qui ça ?

Nous regagnons à nouveau le Marquee pour voir le set d’Albert Hammond Jr, guitariste des Strokes qui s’est lancé avec succès dans une carrière solo. Fringué comme la bande à Julian Casablancas, le groupe joue sans grand enthousiasme, sans conviction non plus et surtout sans changer d’un iota les titres de l’album. Certains verront dans ce côté nonchalant leur marque de fabrique super-cool man... Quelle serait leur réaction si le public faisait de même, les regardant d’un oeil distrait, discutant et n’ayant l’air d’en avoir rien à foutre de rien?

Nous nous baladons de long en large dans le site pour nous rendre compte que les deux scènes vouées au public dance sont sacrément proches et guère attirantes.

Nous revenons au Marquee pour The Shins. Encore une fois, on part la queue entre les jambes. Si sur disque leur musique a un quelconque intérêt, on peine à en trouver un sur scène. Ceci dit, ils attirent une gente féminine si nombreuse qu’on croirait assister à un défilé de fashion victims contemporains. Pas désagréable cela dit. Vicieux va ! Histoire de faire chuter la température, Vincent fait remarquer que, de loin, le chanteur ressemble à Charles Michel. Il faut bien relever quelque chose, on va dire. Bref, au beau milieu de l’après-midi, on commence à se demander si on a bien fait de venir en somme.

Première surprise, et de taille, sera le set de Mike Skinner, alias The Streets. Ne se prenant point au sérieux, dynamique, jouant énormément sur l’humour, il fait se trémousser tout le monde et fait sourire tout un chacun. Ça respire la joie de vivre à plein nez. Le lancer de 50cl de bière en guise d’acrobatie du cru, mais aussi le shot de ballons divers ou le lancer de frisbee, ainsi que la mise à contribution du public ) genoux à terre, échange sympathique avec les voisins anonymes - et enfin la reprise de Out of space des Prodigy met la gnaule à coup sûr. Sachant qu’un des titres du bonhomme faisait référence à une passée mauvaise expérience au Pukkelpop, on peut dire que le passé est bel et bien révolu.

Originaire de Peterborough (amis de la connaissance, bonjour, il s’agit d’une ville située à 50 minutes au nord de Cambridge, qui abrite le siège central de Covent Garden – de très bonnes soupes fraîches au Delhaize), le trio Bromheads Jacket attire les amateurs de pogo (même deux gamins) pour un semi-punk énervé.

Les Kings of Leon sur la grande scène ennuient.

Cocorosie gonfle. Oui, c’est vrai, il y a un Human Beat Box-là, à côté d’une des deux soeurs. Mais si, là!

Spoon offre un concert impeccable. Trop peut-être. C’est bien leur problème. Il y a peu de chance que vous connaissiez Spoon. Pourtant, comme l’a souligné Millefeuille, "un rapide tour des blogs américains traitant de rock devrait suffire pour comprendre l’ampleur que Spoon vient subitement de prendre au pays de l’Oncle Sam". C’est "impossible d’échapper aux couronnes de lauriers tressées en l’honneur de Britt Daniel et les siens". Las, de ce côté-ci de l’atlantique, Spoon écume les petites salles (il joue dans le plus petit chapiteau du Pukkelpop) et est injustement ignoré. Contrairement à certains, on ne peut même pas expliquer cet insuccès par un éventuel caractère trop américain. Spoon "pratique un format court, gentiment remuant, accessible" qui "distille plus de richesses qu’il n’en a l’air", comme l’a bien analysé Esprits Critiques. Là est tout le problème. Spoon est bien trop lisse et propre pour qu’on ait envie de s’y attarder.

Spoon n’a pas encore terminé que le Dance Hall est déjà bourré à craquer pour accueillir la première prestation live de Justice sur le sol belge. Si Justice a déjà sillonné pas mal le pays pour amuser la jeunesse avec leurs DJ sets peu inspirés, mais qui dépotent grave, il n’a pas encore défendu son album en Belgique. L’album de Justice est aussi peu inspiré que leurs DJ sets mais mérite cependant le respect, car il remet la musique du groupe Goblin au goût du jour. En live, Justice remixe son album comme s’il animait un bal populaire. Vas-y qu’on interrompt sa musique toutes les 3 minutes pour faire crier le public. Manque plus qu’un des deux gus derrière Justice lâche un "ça va chauffer dans les bermudas " et on s’y croirait vraiment. C’est franchement navrant et le son ne va même pas assez fort pour qu'on soit balayé les courts moments où il balance la sauce. On met les voiles.

LCD Soundsystem nous convie à une sorte de best of (après deux albums, c’est tout de même révélateur de leur talent) et on se demande ce que donnerait ce live devant un public ne connaissant aucun titre et découvrant la chose, tant on a l’impression que quoi que Murphy fasse, le public lui mange dans la main, survolté, partant au quart de tour sur chaque morceau. En règle générale d’ailleurs, on peut sans prendre de risque déclarer que le public du Pukkel doit être vraiment apprécié par les artistes : beaucoup de fans et de converti(e)s, peu d’âmes dubitatives ou critiques. A tel point que l’on commence à se demander chez Zabla si nous ne soufrons pas d’une maladie quelconque type critiquite aiguë.

Enfin arrive le moment de Trent Reznor. On sait le bonhomme perfectionniste, on l’a vu à Werchter il y a deux ans et à l’Ancienne Belgique cette année et on était impressionné - littéralement - par le professionnalisme extrême de son show. Autant au niveau du son que de l’image – une équipe travaille in vivo les captations vidéo d’une manière très SF – on est absolument abasourdi par ce pointillisme industriel où le moindre détail revêt une importance primordiale. Grâce à Nine Inch Nails, on ne sera pas venu pour des prunes.

Après Nine Inch Nails, Sonic Youth signe la prestation de rêve pour fans insatiables. Le groupe rejoue le cultissime Daydream Nation dans son intégralité avec une générosité qui tranche avec leur dernier passage en Belgique (souvenez-vous). Si le groupe ne cherche pas à réinventer les morceaux de Daydream Nation, le son des guitares a changé. C’est un secret pour personne, Sonic Youth joue avec des guitares allègrement truandées pour obtenir ce son si particulier qui le caractérise. Il est donc plus que vraisemblable qu’une partie des guitares utilisées pour enregistrer Daydream Nation n’aient pas survécu aux déjà presque 20 ans qui nous séparent de la parution de l’album. Ce petit détail technique fait toute la différence et rend l’exercice vraiment intéressant. C’est même carrément joussif pour le fan. On se ferait presque dessus.

Après Sonic Youth, c'est Tool et Woven Hand qui clôturent les festivités. On fait l'impasse. Il est trop tard et nos os rongés par la critiquité aiguë ne supporteront plus 1h de plus. Une seule question se pose encore sur le chemin du retour, passablement éreintés par la journée au festival : reviendra-t-on l'année prochaine? On connaît d'avance la réponse, mais on a la naïveté d'espérer que cette fois-ci, on ne nous y rependra plus.