(...) Michael Mann appose tout au long de son film une patine à cent lieux du clinquant dont s’abreuvent les productions actuelles. (...) Plus encore que lors de ses 2 précédents "brouillons", la caméra HD est ici triturée, mixée, et travaillée de sorte qu’aucune scène ne puisse se prévaloir d’être la sœur de la précédente. Dans une quête perpétuelle d’innovation dans ses cadrages et la photo de son film, Mann se permet donc d’avoir pour lui un matériel à la précision exponentielle… et de n’en utiliser que ses défauts. Il filme la nuit quasiment selon la lumière naturelle de la ville (spots, réverbères, immeubles avoisinants), poussant dans ses extrêmes le grain si particulier de ce type de caméra. (...) Nombre des spectateurs auront fait le déplacement soit par nostalgie, soit par l’attrait d’une campagne de promotion qui aura fait de son mieux pour vendre un métrage de 2h15 garni d’une seule scène d’action. Et c’est bien là que le bas blesse. Comment faire accepter à cette immense majorité de "subir", tout au long de ce qu’ils considèrent comme un divertissement estival, et de lui faire croire que cette enquête assénée sans coup férir est bien ce qu’ils sont venus chercher ? Pour le (grand) public, se prendre un film tel que celui-ci est une mandale bien dure à encaisser. Lui dire que ces images qu’on dirait tirées de leur caméscope ne sont pas de la fainéantise, lui faire comprendre qu’une enquête policière, aussi romancée soit-elle, est avant tout une affaire de dialogues à profusion. Le rejet peut alors être compréhensible. (...)
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